Deleted.
Je remets ça parce que je suis bourré encore.
mardi, janvier 16
QALC 2 - 5 trucs sur moi. 5 trucs puissance rhum.
Merci El Ryu: le nombre de visiteurs vient d'être multiplié par 6 ou 7, et tout ça pour lire deux questionnaires à la suite. La rechute des stats annoncée pour demain n'augure rien de bon pour mon égo. Je dis bravo. Autocritique en 5 points, camarades. Presse people, faut que ça vende. Ça va être long car intestinal, mais je m'en fous comme dit le ténia : je me casse fin février pour faire des oeufs.
1. Je suis arrivé en France en 2002 avec une équivalence pour entrer en 2ème année d'architecture à Paris-La Villette. C'était ma troisième tentative d'inscription depuis l'obtention de mon bac S (passable) au lycée français de Tananarive en 1995, mais cette fois j'avais préparé un dossier béton pour cuver un chagrin d'amour (une fille partie en France). J'ai passé l'année académique 2002-2003 à boire les économies de ma mère dans l'appartement de mon grand frère français, et j'ai commencé à bloguer mes nuits blanches au lieu de continuer à lui (à "Iary", cette fille aux aspirations Ikéo-bourgeoises) écrire des lettres que je ne lui envoyais plus, rien que de très banal, mais il faut bien que jeunesse se passe. Je suis devenu sans-papiers à la fin de l'année académique 2003-2004 lors de laquelle, à part les 3 premières semaines de cours, j'ai bu le reliquat des économies de ma mère. J'ai arrêté d'aller en cours le jour où, pendant que mon frère était en vacances à Madagascar, son imprimante s'est trouvée à cours d'encre alors que ma carte bleue était crâmée et que j'avais pour le lendemain un exposé à présenter au prof de projet architectural le plus exigeant du premier cycle, Philippe Gaudin, dont j'avais choisi le cours exprès : pour le challenge. J'avais choisi le sujet d'exposé le plus épineux, bien évidemment, mais pour une seule fois depuis longtemps fois j'avais travaillé assez, et tout était prêt à imprimer. J'étais sur les Champs-Elysées en face de Virgin avec Kris que j'hébergeais, c'était un dimanche soir le seul magasin ouvert où il y avait des toners, et on sortait de la troisième banque où le robot m'ânonnait "Fonds insuffisants". Si j'hébergeais Kris, c'est évidemment qu'elle n'avait d'autre pécule que des dettes sans vouloir entrer dans les détails. Nous ne nous sommes rien dit sur le chemin du retour vers l'appartement de banlieue. A Châtelet elle s'est fait serrer par les 'leurs. Elle a donné son vrai nom mais avec une faute d'orthographe, et une adresse farfelue (elle en avait toujours en stock). Ils m'ont laissé tranquille, ça je sais faire.
Il y avait dans ma classe une Chinoise prénommée Lin, arrivée directement des beaux-arts de Pékin jusqu'à Limoges il me semble, sans parler un mot de Français, avec juste un bout de papier où figurait le nom d'un prof d'archi local, et maintenant Lin était là mieux qu'Aznavour dans son complet bleu, franchement j'avais du respect pour elle, qui parfois me demandait la signification d'un adjectif ou d'un verbe, et puis me filait des "Chung-Hwa", ça voulait dire "Empire du Milieu" et c'était des clopes. Cette fille était dans ma classe et on s'était retrouvé dans la même petite bande d'immigrés qui s'en foutent un peu des histoires de dub et de pollen des autochtones qui ne savent rien de la taille du monde et du nombre de kilomètres et de nuits blanches qu'il faut pour arriver jusqu'ici, tout en se croyant vaguement alter-mondialistes, ce qui pour eux s'arrête à la programmation du Batofar. Elle, elle se débrouillait comme un chef, elle savait au moins où était la photocopieuse, c'est un truc de ouf pour moi, elle a du demander, elle a même pas eu honte. Par rapport à elle dans ma tête j'ai par la suite tenté de mettre ma faiblesse sur le compte de mon éducation, mais je n'ai pas vraiment pu : j'aime vraiment laisser tomber, et je suis nul dans le reste. Mais "laisser tomber" ça sonne un peu comme "renoncement", et "renoncement" c'est une notion noble, non, qu'en disent les pro-décroissance et les bouddhistes du "tout est douleur"? Et c'est la "litanie des sabordages", s'il faut de l'explication de texte "instinctivement poétique". Du point de vue de la justification pseudo-intello a posteriori, je crois que je suis bien intégré en France, je pourrais me la péter à la Sorbonne si seulement j'avais des cheveux. Passons.
2. Une fille m'a dit une fois, peut-être d'autres aussi mais j'ai pas entendu parce trop bourré, que j'avais (l'imparfait est de mise) le plus beau sourire qu'elle ait jamais vu. Il est bon de préciser qu'elle portait des lunettes. "Izay tiana mitombo tarehy", dit-on. Indrindra rehefa mamo. (Demandez à SipaKV de traduire, si elle a le temps). Et ben, vous savez quoi, je crois que les flics français aussi pensent que je suis beau, du moins quand je travaille. J'ai, j'imagine, quand je me fais contrôler au volant, cet air faux-cul parfait et travaillé par l'expérience qui plaît à l'autorité. Celui de maman est pas mal, mais avec plus de "victime" quand moi j'essaie d'y mettre du charme. Du charme républicain et pas de sauvageon, nom d'un chevènement!(regardez une des prochaines affiches électorales et vous verrez de quelle tronche je parle, Le Pen par exemple, ha ha, il a l'air trop sympa c'est terrifiant).
Au bled corrompu pourtant, je leur hurlais dans la face aux flics, comme je ne fais habituellement qu'aux amis assez proches pour ne pas trop s'en offusquer tant que je paie à boire avec les économies de ma mère. Au pays je prétendais face au trouffion qui n'avait même pas encore demandé son "café" que j'étais étudiant en droit. Attention, suspense. Musique de Morricone sur un ralenti spaghetti pendant qu'il jauge ma crédibilité du haut de son pantalon treillis troué. Rien à foutre. Je sous-entendais que s'il n'était pas content, il aurait droit, puisque "Madagascar est un pays de droit" comme disait Ampy Portos, à la convocation de son supérieur hiérarchique. Alors qu'il ne m'oblige pas à relever son numéro de matricule et tout le monde serait content. Chacun sa place, nous n'avons pas gardé les poules etc, je suis fils de notable même si mon père est mort depuis longtemps. Je suis infréquentable hein? Mais non, je me me vante. Mais tu connais quoi à la vie? Hein? Je suis tout ouïe, j'aime apprendre. Biatch. You don't know shit about clashing.
3. J'étais content de croiser des gens dans la merde, ça me me permettait de me sentir moins seul. J'ai découvert la dèche ici en France, celle où on a faim sans savoir quand on mangera la prochaine fois. J'ai trouvé avec qui la partager, et avec qui ne pas, même s'il me reste sans aucun doute plein de trucs à apprendre, ce qui augure de prochains sabordages assez prometteurs, pardon Jasmine.
4. Jasmine est, entre autres incarnations, la blogueuse Albinoal. Quand je l'ai rencontrée je n'ai pas arrêté pour autant de boire, mais au moins je commençais à travailler, en tant que livreur. Mon premier essai c'était un sous-traitant de La Poste, dépôt de Villeneuve-la-Garenne. Le patron s'appelle Chicheportiche, son chef de quai se prénomme Rachid,la boîte s'appelle Exa-courses et je leur souhaite un contrôle fiscal, et s'ils sont pas contents je les emmerde, bâtards de vos races, vous m'aurez plus avec des sourires et des parts de pizza comme on a eu les roitelets africains avec de la pacotille. Je me suis levé à 5 heures du mat' tous les jours pour aller bosser pour eux en sortant de mon auto-apitoiement alors que mon auto-apitoiement même était plus créatif dans la justification de ma nullité. J'avais encore à l'époque des papiers d'étudiant, j'avais droit à 17h30 de travail par semaine, et j'avais peur d'être illégal. On m'a fait une promesse verbale d'embauche au début de l'été. 140 colis par jour, et changer de ville tous les 3 jours, ils appelaient ça une formation mais maintenant je sais qu'on appelle ça une tournée "balayage", "secours" ou "spéciale" : celle qui livre tous les inlivrés de la veille ou de l'avant-veille. Je n'en livrais que 80, et je leur avais dit avant, par honnêteté envers eux si bons envers moi-ha-ha, que c'était la première fois que je conduisais en France. Maintenant que je connais un peu le taf je peux dire que c'était un putain de bon score pour un début. Quand j'ai demandé une promesse d'embauche écrite pour aller à la préfecture, Chicheportiche m'a rédigé un torchon devant lequel la meuf re-noi à l'accueil a rigolé "méprisemment", pour reprendre la syntaxe des "écrivains de la banlieue", genre Yémi ou Rachid Djaïdani, auxquels le petit-nègre forcé sert de fausse légitimité commerciale. Je sais faire ça aussi, le petit-nègre, pas pour rien que je blogue Kirikou. Je me suis cassé de ce faux boulot sans paie, sans rien. Le matin, les syndiqués SUD-PTT partageaient des tracts pendant que je galérais. Ils bossaient deux fois moins que les sous-traitants. Ils n'en avaient rien à foutre de nos vies : ils voulaient qu'on vienne à LEUR manif. Connard. Emmène ta fille, et je creuserai son cul en creusant mon déficit au Campanile, à défaut de creuser le cul de la sécu parce que pas déclaré.
Kris, que j'avais hébergée, m'a trouvé un autre taf au téléphone en 25 secondes chrono, alors qu'on ne s'était pas vu depuis des mois entre autres choses que je ne raconterai pas (mon frère, si je peux t'appeler comme ça après tout ce temps, toi tu sais et je sais que tu me lis). Quand plus tard je suis devenu sans-papiers, et par corrolaire sans-permis de conduire, mon patron sous-traitant malgache m'a gardé. Il a laissé tomber il y a un mois, il est en redressement judiciaire ou sous tutelle ou je ne sais quoi, mais nous avons gardé la tournée, nous les chauffeurs, avec un nouveau patron que nous avons trouvé nous-mêmes, parce ce qu'est c'est nous qui connaissons nos secteurs. J'arrête fin février parce que Jasmine a trouvé un taf au bled.
5. Il y a une différence, à noter peut-être, entre la finitude de la vie, et la finition de la vie. Putain c'est trop profond.
Je passe le relais à Tita, dont je dirais que ce qu'elle raconte m'émeut si ce n'était lui porter préjudice.
posted by KiriKou @ 20:28 0 comments links to this post

1 Comments:
Vous voulez bien m'écrire sur mon adresse perso
claudiapuz@yahoo.fr
C'est pour un eventuel travail d'écriture.
merci.
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